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La Bastide de Grenade

Insouciance de mon enfance

 

Premiers émois de mon enfance, découverte de la vie, quand je me rappelle la douceur de mes jeunes années, je me souviens de ces allées de marronniers, du charme de ces vieux assis devant leur porte ou sur les bancs de la promenade, qui racontaient dans cette langue bien curieuse qu’on appelle patois, les petits potins du village, les dernières mésaventures des voisins, Pas de médisance, juste des regards bienveillants.


Je vivais là dans ce village, que l’on pouvait situer à la campagne. Cela a bien changé depuis, tellement villes et villages se confondent à présent à devenir presque des quartiers. Une vie simple et généreuse, faite de facéties, de fêtes de famille, de rires et de joie.


En septembre, nous faisions les vendanges, toute la famille réunie pour quelques grappes qui donneraient le vin du Grand Père, sans ambition ni prétention, mais c’était le bonheur de quelques heures à cueillir le raisin, le fouler à pieds nus……. Je me souviens de la Piquette, premier jus de raisin, acide au palais que nous gardait Parrain, cadeau pour l’innocence.


La vigne c’était mon Gand Père, Mamie c’était les confitures. Quel plaisir en octobre, quand nous rentrions dans la maison, de sentir ces poires ou ces coings qui doucement, lentement, amoureusement étaient cuits ou confits pour terminer en petits pots précieux qu’il ne fallait surtout pas toucher pendant quelques semaines, le temps qu’ils se reposent.


A Noël, « Parrain », c’était ainsi que nous appelions mon grand père, tuait le cochon. Barbare me paraissait le procédé, mais belle était la fête. Du boudin, de la saucisse……les jambons. Nous participions tous du plus grand au plus petit. Nous nous disputions aussi, qui du cousin ou de la cousine tiendrait les boyaux qui se gonfleraient de ces « mélanges » bizarres préparés par Mamie. J’aimais ce moment de l’année pas simplement parce qu’il y avait Noël et son cortège de cadeaux mais surtout parce que c’était un enchaînement d’évènements gastronomiques. Du cochon, nous passions au Millas que la Grand Mère préparait dans un grand chaudron de cuivre et qu’elle mettait à mouler dans de grandes assiettes creuses pour finir en petits carrés dorés, magiques de saveurs sucrées qui nous régalaient.


A Mardi Gras, crêpes et oreillettes faisaient nos goûters. J’aime à me souvenir de cette pâte qui sous l’édredon de plumes doublait de volume. Mamie la découpait pour notre plus grand plaisir en petits bonhommes, en étoiles ou croissants de lune. Plongés dans la friture ils ressortaient tout gonflés pour faire notre joie et le régal de nos palais.


A égrainer tous ces souvenirs, chers à mon enfance, je souris, car les périodes de l’année et les temps forts de la famille tournaient autour de choses simples qui à la campagne ont toute leur importance. On croirait à me lire que mes souvenirs ne sont faits que de nourriture, mais oui, elle avait son importance puisqu’elle était symbole de fête, de réunions de famille, de douceur et de plaisir. Oncles, tantes, cousins, cousines, grands parents, nous faisions de grandes tables où l’on riait beaucoup dans un grand brouhaha…. c’était la fête…… Les rires et la tendresse c’étaient mes grands parents.

J’ai la nostalgie de ce temps passé. C’était il y a déjà plusieurs décennies…..J’ai grandi, fait l’apprentissage de la vie…..j’ai perdu mon incousiance, ils sont partis.

 

en hommage à François et Marguerite

Ecrit en 2008